Les fondements de la naturopathie

 

Comme chaque année depuis l’ouverture de Naturilys, dans le cadre du cours sur les fondements de la naturopathie, je demande aux étudiants de première année de revisiter leur histoire personnelle et d’explorer le fil de leur vie à la lumière des piliers de la naturopathie que sont le vitalisme, l’humorisme, le causalisme, l’hygiénisme et l’holisme.

 

De quoi s’agit-il ?

 

Le vitalisme est la philosophie de l’énergie vitale, ce principe immatériel qui est au coeur de toutes les médecines traditionnelles de part le monde, que l’on nomme prâna en Inde, chi en Chine, pneuma chez les Grecs, mana en Polynésie, ruach chez les hébreux, ch’ulel chez les amérindiens… L’énergie vitale est véritablement ce qui distingue le vivant du non vivant, l’inerte. Comme toute énergie, elle ne peut s’observer directement. Mais de la même manière que je vois la lumière lorsque j’appuie sur l’interrupteur électrique, les manifestations de l’énergie vitale sont parfaitement appréhendables: cicatrisation spontanée à la suite d’une coupure bénigne, fièvre, catarrhes (éliminations de mucosités)… l’énergie vitale est le moyen par lequel l’organisme réagit et s’adapte aux contraintes de son environnement.

 

L’humorisme, la science des humeurs, nous parle des fluides corporels (sang, lymphe, liquides interstitiel et intracellulaire) et s’intéresse à la qualité de ces liquides et son impact sur le terrain, autrement dit le système global. En effet, notre corps est constitué à plus de 70% d’eau et de même que la qualité de l’eau du bocal aura un impact sur la santé des poissons qui y nagent, la qualité des liquides organiques est déterminante pour la santé et le fonctionnement des cellules. C’est là que s’observent carences et surcharges, qualité des échanges physiologiques, circulation des nutriments, des déchets métaboliques et des toxiques, capacités d’élimination par le biais des émonctoires: intestin, reins, poumons, peau.

 

La méthodologie qui sous-tend l’approche naturopathique est causaliste : la recherche de la cause première, au-delà du symptôme, et telle que l’enseignait Hippocrate. “Si tu veux être un bon médecin, cherche la cause de la cause de la cause et traite-là.” Prenons l’exemple d’une poussée de fièvre aiguë: il peut être intéressant de comprendre que cette réaction est une réponse physiologique qui témoigne de l’activité immunitaire face à une agression pathogène. La hausse de la température corporelle rend l’environnement particulièrement hostile au germe agresseur qui est ainsi mis en difficulté et plus facile à contrer. La fièvre est-elle le problème? Non, c’est la réponse au problème, qui témoigne d’une grande énergie vitale, autrement dit une bonne capacité d’adaptation, et le moyen d’y remédier. Si on va plus loin, le développement du germe pathogène à un moment donné dans un organisme donné n’est-il pas lui aussi une réponse à un déséquilibre préexistant? La plupart des microorganismes, dans le vivant, assument la fonction de recyclage: décomposition, dégradation, fermentation des matières organiques mortes ou inutiles, comme cela se passe lorsqu’une souche d’arbre est dégradée pour nourrir l’humus et préparer un nouveau cycle.

 

Ainsi le microbe importun est-il peut-être justement l’auxiliaire dont le corps a besoin pour recycler un certain nombre de résidus accumulés dans les tissus, les surcharges humorales, qui entravent le bon fonctionnement de l’organisme?

 

L’hygiénisme constitue la trousse à outils naturopathique, à savoir l’ensemble des “bonnes pratiques de santé”, les habitudes qui permettent, au quotidien, de préserver la qualité de son terrain, pour que les tissus de son organisme constituent une terre riche et fertile, la moins polluée possible, et ses ressources de vitalité. C’est là que la naturopathie devient un véritable art de vivre en santé. Il y a tant d’occasions chaque jour de nourrir sa santé! Par le choix des aliments consommés, par le mouvement, la respiration, le contact à la nature, par l’accueil de ses émotions, par des pensées qui stimulent sa créativité, des relations riches et des actions porteuses de sens !

 

L’approche holistique – du grec Holos qui veut dire Tout – permet de comprendre que tout est lié, que l’être est un système global qu’on ne peut raisonnablement fragmenter. Système à part entière existant dans des plans différents, comprenant une réalité physique, énergétique, émotionnelle, relationnelle, transpersonnelle, sociale, culturelle, l’être abrite différents écosystèmes (par exemple son microbiote) comme il est lui-même élément d’écosystèmes plus grands (le système planétaire). Et comme dans un mobile tel que ceux que l’on suspend au-dessus du lit des bébés, chaque élément est lié aux autres, chaque mouvement particulier affecte le mobile dans son ensemble, et le plus petit souffle d’air peut entraîner nombre d’oscillations de toute part. Ainsi, tout changement dans ses habitudes d’hygiène, aussi anecdotique qu’il paraisse, peut entraîner des fluctuations de son énergie vitale, des modifications de son terrain, de sa réactivité physique, nerveuse ou émotionnelle, de ses capacités relationnelles…

 

Rédiger une synthèse de son vécu à la lumière des fondements de la naturopathie est un exercice difficile et particulièrement confrontant. Mais c’est aussi le processus que le naturopathe poursuit lorsqu’une personne vient le consulter, qui l’amène à comprendre la dynamique adaptative globale de la personne et lui permet de reconnaître les leviers sur lesquels agir, en terme d’hygiène quotidienne, pour rétablir les conditions d’un équilibre optimal.

 

Proposition exigeante pour les étudiants de première année, mais l’effort est méritoire et les témoignages reçus à cette occasion reflètent la satisfaction d’avoir posé un regard nouveau et global sur soi.

 

Virginie Caubert-Bourgogne

octobre 2019

Quelques photos :

 

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